jeudi 1 octobre 2026

Affaire Bryan R. sur Call of Duty : Les enjeux juridiques de la relaxe pour apologie du terrorisme

 

Affaire Bryan R. sur Call of Duty

Affaire Bryan R. sur Call of Duty : Les enjeux juridiques de la relaxe pour apologie du terrorisme

​Le tribunal correctionnel de Senlis (Oise) a rendu une décision très remarquée le 2 octobre 2026 en prononçant la relaxe de Bryan R., un jeune homme de 22 ans domicilié à Crépy-en-Valois. Le prévenu comparaissait pour des faits qualifiés d'apologie du terrorisme, en raison de l'utilisation continue d'un pseudonyme haineux et antisémite sur un jeu vidéo en ligne. Face à cette décision fondée sur une application stricte de la loi, le ministère public a immédiatement interjeté appel, ouvrant un nouveau chapitre judiciaire.

​L'origine de la procédure : La détection d'un profil à risque sur Call of Duty

​L'affaire débute lors d'une session de veille automatisée menée par les services spécialisés dans la lutte contre la cybercriminalité et le terrorisme.

​Un pseudo belliqueux sous l'œil du Parquet National Antiterroriste

​Entre janvier 2025 et janvier 2026, Bryan R. a participé à de multiples parties en ligne du jeu de tir Call of Duty: Warzone sous l'identifiant « égorgeur de feujs ». Ce nom d'utilisateur, qui associe une rhétorique homicide à une injure ciblée contre la communauté juive, a provoqué le signalement immédiat du profil.

​Au regard de la nature du pseudonyme, le Parquet National Antiterroriste (PNAT) s'est saisi du dossier avant de mandater les militaires de la gendarmerie de l'Oise. Les enquêteurs avaient pour mission d'identifier précisément l'usager dissimulé derrière l'écran et d'évaluer son niveau de dangerosité.

​Des investigations complémentaires sur les activités numériques

​L'enquête s'est ensuite étendue aux comptes personnels du jeune homme, récemment converti à l'islam. Les analystes y ont relevé des discussions privées dans lesquelles le prévenu exprimait son adhésion aux actions violentes menées par le groupe Hamas.

​Les forces de l'ordre ont également identifié des échanges réguliers sur des applications de messagerie sécurisée avec des individus répertoriés pour leur radicalisation. Ces éléments ont conduit l'accusation à retenir l'hypothèse d'une bascule idéologique rapide et préoccupante.

​Les débats devant le tribunal : Entre rhétorique subversive et rétractation

​Au cours de l'audience devant la juridiction correctionnelle, l'analyse s'est concentrée sur le profil psychologique et le niveau de discernement de l'accusé.

​L'argumentation de la défense axée sur les codes du jeu vidéo

​Sans antécédents judiciaires, le prévenu a présenté une défense basée sur l'immaturesse et l'influence du milieu virtuel. Il a expliqué que le choix de cet identifiant répondait à une volonté de provocation, courante dans les salons de jeu en ligne.

​Selon ses déclarations, son objectif était uniquement de s'intégrer au groupe en adoptant des codes excessifs, sans intention de passer à l'acte ni d'inciter à la violence dans le monde réel.

« Je ne le pense plus, je ne soutiens pas le Hamas et je condamne fermement le terrorisme. »

— Déclaration de Bryan R. devant la cour de Senlis.

Le rejet catégorique des idéologies extrémistes à la barre

​Interrogé directement sur ses écrits passés concernant le conflit au Proche-Orient, Bryan R. a publiquement désavoué ses positions initiales, affirmant condamner formellement toute forme de terrorisme. Son conseil a plaidé le cas d'un jeune homme influençable, en rupture de repères au moment de sa conversion, mais ne présentant aucun risque objectif d'action violente.

​La grille de lecture juridique : Les motifs de la relaxe

​Pour prononcer la relaxe, le tribunal de Senlis s'est fondé sur une analyse rigoureuse du cadre légal encadrant les infractions de presse et la liberté d'expression.

​La qualification de la publicité au sens du droit pénal

​En droit pénal français, le délit d'apologie publique du terrorisme exige que les éléments incriminés soient exposés à un public indéterminé.

Élément juridique

Critère légal

Situation dans l'affaire Call of Duty

Publicité

Accessible à un public indéterminé

Limité à des parties restreintes en salon fermé

Intention

Volonté de glorifier un crime terroriste

Identifiant perçu comme une provocation individuelle

Cadre des échanges

Espace d'expression public

Messageries privées et cercle restreint de joueurs


L'avocat de Bryan R. a démontré que les salons virtuels dans lesquels évoluait son client restaient fermés et accessibles uniquement à un nombre très limité de joueurs simultanés. Les magistrats ont conclu que le critère indispensable de publicité n'était pas techniquement rempli.

​La distinction doctrinale entre provocation, injure et apologie

​Le tribunal a rappelé qu'un pseudonyme, aussi odieux soit-il, ne constitue pas automatiquement une apologie du terrorisme au sens strict de l'article 421-2-5 du Code pénal. Cette qualification nécessite la démonstration d'une volonté explicite de présenter sous un jour favorable ou de glorifier un acte terroriste spécifique.

​La cour a jugé que l'identifiant ne traduisait pas formellement une adhésion à une entreprise terroriste. Quant aux échanges privés relatifs au Hamas, bien que jugés inquiétants, ils ne pouvaient juridiquement servir de support à l'infraction reprochée pour l'usage du pseudonyme.

​L'appel du ministère public et la perspective d'un second procès

​La décision de relaxe a suscité de vives discussions sur l'adaptation du droit pénal aux espaces de communication émergents.

​Les réquisitions du parquet de Senlis

​Lors des réquisitions, le ministère public avait demandé une peine de huit mois d'emprisonnement assortis d'un sursis probatoire. Cette mesure visait à imposer une obligation de suivi, un encadrement socio-professionnel et une surveillance renforcée des activités numériques du jeune homme.

​Le réexamen de l'affaire devant la cour d'appel

​Contestant l'interprétation stricte retenue par la première instance, le parquet a formé un recours en appel. Cette démarche suspend la relaxe et donne lieu à la tenue d'un nouveau procès.

​La Cour d'appel compétente devra réexaminer l'ensemble du dossier pour déterminer si les espaces virtuels interactifs des jeux vidéo modernes relèvent de la sphère publique ou privée en matière de droit pénal.


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